"Est-il normal de vouloir s'affranchir de la norme ?", café philo au 3C

Publié le par Eterlutisse

J'ai assisté hier à mon premier café philo. L'animateur a agencé pour nous une réflexion sur ce qu'était la norme, ses fondements, comment, par exemple, elle s'insinuait par induction dès l'enfance ou "s'imposait" à l'individu au travers des médias -TV, Internet-. Il a aussi tenté de désamorcer l'incroyable polysémie du mot.

La définition de la norme dont nous allions parler m'a plongée dans un abîme de réflexions : la norme serait l'ensemble des règles non-explicites qui permettent la vie en société. Je me suis rendue compte que la norme me dérangeait sans doute depuis toujours et de façon ontologique apparemment. J'ai besoin de mots, de sens. La norme me semble arbitraire, aléatoire, là où la règle ou la loi par leur mise en mots sont sinon justes, justifiables. Chaque culture, chaque groupe, chaque famille, chaque individu a la sienne ! Sous couvert de faire société, elle est de fait excluante pour tous ceux qui n'en perçoivent pas les limites ou ne les acceptent pas.

Il semble que la problématique avait pour but de mettre en lumière la bataille entre l'ancien sens commun qui constituaient encadrait la norme -le common sensy de George Orwell- et la nouvelle norme induite par la logique du marché​.

L'animateur nous a alerté sur les "faits alternatifs" et les "postvérités" imaginées par des hommes politiques, qui remplacent le réel comme si la nouvelle norme construite par la marchandisation du monde tentait maintenant d'attenter au Réel même. Ont été évoqués : François Hollande se voulant "un président normal", Donald Trump considéré comme un "président anormal" ou encore la campagne présidentielle dite "anormale".

La philosophie est le vivier d'alternatives de penser autrement le monde, accéder à un autre point de vue. 

Les participants faisaient irruption dans le discours du maître de cérémonie pour apporter un éclairage​, un exemple étayant le point évoqué. Je n'ai pas compris tout de suite les règles de prise de parole ; au début j'ai eu l'impression qu'on devait écouter et puis j'ai pris la parole dans les respirations pour reformuler ou heurter le raisonnement, pour être sûre de bien comprendre. D'autres ont apporté des exemples pour étayer l'argumentaire de l'animateur ou pour le sortir de sa zone de confort, de sa "norme".

Je pensais repartir avec une brassée de références pour ma réflexion sur ce qu'est la Réalité et puis finalement Platon, Aristote, Mauss, Lévi-Strauss,... rien ne m'a donné envie de prolonger, déjà vus -ou moins stimulant qu'un Philip K Dick 😝-.

Après le débat, c'est l'un des participants qui m'a offert ouvertures​ et lectures. Berger, chamane s'inspirant de toutes les sagesses anciennes -d'Athènes, d'Inde,  des Celtes, des Romains,  du Carnaval,...- il a réorienté la discussion afin de nourrir ma curiosité concernant la folie qui, en conclusion du débat avait été citée comme écart à la norme. J'avais émis le souhait que la notion de fou ou de rustre s'efface comme celle de barbare que l'animateur ne citait pas car elle a été gommée par l'ouverture aux autres cultures "politiquement correct" -autre expression qui fait norme-.

Je suis repartie avec une belle théorie sur  l'air contenu dans le fou, folis ; le souffle, le vide matricielle, le contenu qui doit se libérer, le contenant sacrifié pour que la norme puisse être rétablie à la fin du Carnaval ? J'ai cru déceler chez mon interlocuteur l'envie qu'une norme différente émerge de son Carnaval personnel.  Il m'a prêté un livre de Carlos Castaneda, donner l'envie de mieux connaître Antonin Artaud et relire René Girard.

"Est-il normal de vouloir s'affranchir de la norme ?", café philo au 3C

Publié dans Aix, 3C, CaféPhilo

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