Le chaos de la séduction moderne de Nathalia L. Brignoli

Publié le par Eterlutisse

Livre reçu lors d'une opération Masse Critique de Babelio

Livre reçu lors d'une opération Masse Critique de Babelio

J'ai sélectionné ce livre car j'avais besoin de comprendre justement ce chaos dans lequel je vis.

J'en suis presque à la moitié du livre. Il m'a permis de me positionner en lisant les témoignages retranscrits cependant les partis-pris de l'auteur me dérangent.

Dès l'introduction, elle pose un constat, établit un diagnostique et préconise une solution. Les témoignages, si divers soient-ils, étayent une vision de la réalité biaisée.

L'auteur se dit réactionnaire, elle souhaite un retour à un modèle de relations homme/femme que le féminisme a déboulonné dans les années 1970 : Dans ce temps-là, les hommes savaient s'engager, ils payaient le resto et les femmes ne travaillaient pas et prennaient soin de leur mari.

Ce qui m'a étonnée c'est que Nathalia L.Brignoli accumule les références littéraires pour nous dépeindre ce temps que nous aurions abandonné en adoptant les valeurs féministes alors que ce qui a totalement déboulonné la morale c'est l'ultra-consommation imposée à chacun par le système capitaliste. Le féminisme semble dans les propos de l'auteur être à l'origine de la dégradation des relations homme/femme alors qu'elle n'est que l'un des symptômes de l'évolution, oserais-je, de la dégradation, des relations humaines suite à la dislocation du local au profit du national puis du mondial -; vaste problématique que je ne peux qu'énoncer dans un article dont ce n'est pas le sujet-.

Pour incarner l'idéal amoureux du passé que nous aurions perdu, sont citées Mme Bovary, Belle du Seigneur,... Je n'ai pas l'impression que l'Amour absolu, ou idéalisé ait disparu de nos imaginaires modernes ; je suis allée voir Your name, samedi... Donc, si nous avions perdu quelque chose ce serait dans le réel. Des exemples du réel il n'y en a pas vraiment eu pour le moment à part quelques allusions dans les témoignages. Or, réactionnaire et féministe nofriendly, l'auteur aurait dû plutôt développer des exemples réels de ces couples enviables, issus de ce passé antéféministe. Donc revenons au passé. Je prendrai ma famille, un exemple de ce que c'était avant le féminisme :

Ma grand-mère paternelle, 11 grossesses à terme et un mari très attaché au devoir -pour sa femme- conjugal. Sa femme, elle était là pour le servir. Il le lui a bien fait comprendre à la petite bourgeoise qu'il avait rencontrée à l'église, que maintenant elle avait un mari. Ma grand-mère racontait encore après plus de 50 ans de mariage la scène où il avait jeté sa collection de poupées, au tout début de leur mariage, pour lui montrer de qui elle devait s'occuper maintenant. Mon grand-père était orphelin parce-que issu d'une fille-mère que la morale empêchait de pouvoir garder son enfant. Il devait cumuler plusieurs emplois pour nourrir sa famille : horticulteur le jour et gardien la nuit.

Ma grand-mère maternelle a subi tellement d'avortements clandestins qu'elle a failli en mourir. Elle était en couple avec un homme marié. Mon grand-père et elle était un couple "moderne" avant l'heure.

Donc, j'ai beaucoup de mal à accepter que le féminisme soit choisi comme bouc-émissaire du chaos qui règne dans la séduction moderne.

Il semblerait que mon couple fonctionne sur un modèle mixant tradition et modernité. Je constate, à la lecture des témoignages, que chacun a sa façon d'être amoureux et d'accepter l'échec. Il me paraît difficile de tirer la conclusion que puisque la liberté implique des souffrances c'est qu'il faut revenir à l'époque où on avait moins de choix.

Aujourd'hui, mon couple est en crise. Je fonctionne "à l'ancienne" selon l'auteur : j'ai formé un couple, j'ai une famille et quoiqu'il arrive je me dis qu'on passera l'épreuve. J'ai vu mes parents divorcer, j'avais 16 ans, mon père a refait sa vie, ma mère est seule. Je sais ce que je ne veux pas vivre.

L'une des épreuves qui fait parfois éclater les couples c'est l'infidélité. Ma mère m'a enseigné que notre corps nous appartient le mien m'appartient et donc celui de mon partenaire lui appartient aussi. Nous sommes en couple librement, la liberté d'aimer l'autre, c'est la seule chose que nous nous devons. Donc j'ai pardonné les infidélités parce qu'elles ont été rares et donc pas symptomatiques d'un manque irréversible dans le couple. Cependant, la dernière aventure m'a profondément ébranlée car pour la première fois j'ai eu à faire avec une femme qui cherchait un "mari", pas un amant. Ce choix délibéré de briser un couple existant pour former le sien m'a sidérée d'où ma lecture de ce recueil de témoignages. Mon compagnon a fait le choix de conserver sa famille plutôt que d'en construire une autre même s'il était tombé amoureux et que comme ses copains il avait envie de switcher sa vie.

Le chemin du retour est difficile pour lui et pour moi. Rester, comme partir implique des souffrances. Alors chacun est libre de choisir sa souffrance, vouloir ériger des modèles me semble inadapté si c'est la souffrance qu'on veut éliminer, ce n'est pas adopter un idéal réactionnaire qui aidera les femmes. Il est tout aussi déplorable de dénigrer ceux qui rêvent de ce modèle dit réactionnaire. Alors soyons libre et soyons le changement que nous voulons voir s'incarner dans le monde.

Le féminisme, l'avènement de la liberté ne sonne pas le glas de la morale. Être libre c'est se permettre tout ce qui n'entrave pas la liberté de l'autre. Sexuellement, la liberté par l'anéantissement des rôles homme/femme prédéfinis me semble une véritable avancée. L'épanouissement sexuel dans le couple en a été impacté et ça ne peut pas être compté dans les régressions. Les hommes et les femmes n'ont pas disparu parce qu'ils ne répondent pas au stéréotypes de l'homme et de la femme des années 1950. Ils peuvent choisir, donnons leurs des choix, plein de choix, plein de modèles...

 

L'Amour, un lien qui traverse le temps et l'espace, un destin lié... (Je clashe Ariane et Solal, là ;p)

L'Amour, un lien qui traverse le temps et l'espace, un destin lié... (Je clashe Ariane et Solal, là ;p)

Publié dans Lecture, Couple, amour

Commenter cet article