Lococratie, en cours de construction

Publié le par Eterlutisse

Je publie dans ce billet l'introduction de mon utopie Lococratie. Elle n'apparaîtra pas dans la version que j'enverrai -sans doute ;p*- à l'AT l'utopie de l'état en 2056.

*Échéance le 18 avril et je n'ai que des notes numériques éparpillées et cette intro qui ne servira pas... <3 challenge : 10 pages à produire.

J'oublie donc un peu Brecouedo, ma fanfiction Lovercraftienne.

Lococratie, en cours de construction

La Mer, en 2056, est fort dissemblable de celle des années 2010.

A l’époque on l’appelait la Terre.

L'argent n’est plus un frein à l'initiative ni à la satisfaction des besoins. Les biens ne sont plus consommés mais communautarisés, utilisés, entretenus, réparés. Les individus peuvent les conserver leur vie durant. Le diktat de la Croissance est obsolète. Il n’y a pas d'augmentation de salaire car il n’y a plus de salaire. Participer à la vie économique est un droit. Tant de choses diffèrent…

A l’aube du XXIème siècle, j’étais déjà adulte. Partout grondaient les attentes d’un nouveau paradigme historique, après la chute de l’Empire soviétique. La fin de l’histoire avait été annoncée, et même plusieurs dates de fin du monde avaient été dépassées mais tout continuait, enflait, pourrissait à l’intérieur sans jamais se flétrir comme une pomme vendue en grande distribution. Les spin doctors, spleen doctors, les storytalers, les designers, les as du marketing étaient plus habiles que des chirurgiens esthétiques ils donnaient à voir des avenirs radieux au-delà du marasme ambiant. De l’espoir de croissance éternelle, le peuple était gorgé et chaque jour les innovations technologiques offraient à voir la réalité idéologique de progrès permanent. Pendant ce temps-là, les mécanismes de régulation du système planétaire étaient profondément modifiés.

Chacun semblait connaître les pratiques, les principes, les personnes responsables, les organisations mais personne ne semblait en mesure de gripper le système. Le Titanic était lancé, gavé d’énergies fossile et atomique. Avec le réchauffement climatique, personne ne pouvait être sûr qu’il rencontrerait bien un iceberg pour le stopper…

Nous foncions vers un monde dystopique.

Nous étions précipités dans un gouffre, une chute infinie. Un exact symétrique de la croissance infinie promise par les oligarques sponsorisés des pouvoirs économiques. Normal finalement, puisque nous, le peuple étions de l’autre côté de leur miroir. Un peu comme à l’apogée du catholicisme quand on achetait des indulgences. Le paradis seulement pour les riches. La Croissance, le Néomythe, le Mystère uniquement accessible à une élite d’actionnaires semblait-il.

Les conservateurs, les stocks, les intermédiaires, la compression des coûts, la surproduction, la surconsommation,… tous ces maux étaient nés du fait que la volonté de produire avait été placée avant celle de consommer. Le consommateur, lui, était maintenu dans la réalité miroir. Il croyait être celui qui se mirait alors il n’était que le reflet.

Pourquoi devait-on avoir des augmentations de salaire ? Pour nous fidéliser ? Pour motiver les gens à bien travailler ? Pas tant que pour nous baptiser, ​nous donner l'illusion que nous entrions nous aussi dans la grande ecclésia de la Croissance.

Puisqu’elle était considérée comme un prérequis à tout, la Croissance était l’objectif premier et elle n’était évaluée que sur sa capacité à produire du capital. Le postulat initial était la racine du mal. Nous vivions dans un monde inversé. Bloqué de l’autre côté du miroir.

La montée des intégrismes poussait le monde vers un chaos propre à détourner les yeux de l’intolérable inflation des inégalités. Il y avait ceux qui bénéficiait de la Croissance et ceux qui subissaient la décroissance au-delà de l’acceptable. Une partie de l’humanité n’avait pas même accès à l’eau potable, à de la nourriture, ou même simplement à la sécurité. La mondialisation devait permettre aux marchandises de circuler afin de les apporter là où on en avait besoin et finalement elle s’était transformée en un formidable outil pour aspirer, accaparer les richesses vers une minorité de primopossédants.

Les gouvernements représentaient le peuple sans en être représentatif. Ils menaient des politiques favorisant l’économie comme étant la capacité de produire. Produire des désirs artificiels à défaut de satisfaire les besoins essentiels non conformes aux standards imposés par la Croissance. Par essence ce dont on a besoin ne peut pas être en état de croissance exponentielle. Les besoins essentiels ne pouvaient donc pas être l’étendard menant la marche de la croissance infinie. S’épandre éternellement voilà ce qu’on demandait à la Demande. La production était considérée comme première, si elle croît le capital croit aussi. La consommation ne semblait pouvoir être induite que par la production. Le consommateur infantilisé se retrouvait à devoir choisir entre la peste et le choléra comme en politique parce que personne ne s’intéressait à ce qu’il voulait puisqu’on avait qu’à lui dicter ce qu’il devait désirer.

La bonne santé des banques, du capital, des entreprises étaient la première étape, le reste devait en découler. La docilité du peuple d’esclaves –employés-consommateurs- était indispensable, un temps elle fut assurée par l’effective menace terroriste qui endeuilla toute l’humanité à la manière d’une 3ème guerre mondiale.

C’était aussi une guerre qui s’était jouée, quand les lococraties avaient soufflé pacifiquement leurs graines sur toute la Mer. Une guerre des modèles sociétaux. Il fallait qu’une utopie prenne forme pour résister à la chimère abominable qu’avaient créée les démocraties capitalistes.

En France, la Vème République avait été imaginée par le Général De Gaulle pour préparer le retour d’une monarchie parlementaire, elle avait débouchée sur la création d’une nouvelle noblesse portée par le capital. Des dynasties s’esquissaient-elles ? Ephémères, balayées par la Rêvolution utopique.

En à peine deux décennies de sursis, les hommes politiques à l’assurance héritée du XXème siècle avaient démontré qu’ils n’étaient que les marionnettes du pouvoir économique. Ils avaient usés tout leur crédit. Nations, gouvernements, hégémonies ont sombré sans bruit submergé par l’énergie du mouvement lococrate.

Publié dans utopie, AT

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