Synopsis exhumé : Une uchronie, tentative d'excentration

Publié le par Eterlutisse

Marseille, 2015

Marseille, 2015

Un synopsis de BD proposé à Blaise Dehon, en 2011. Une structure hyperclassique, un conte visuel pour renverser le regard.

Un jeune kemetien de l’Ouest, Youssouf Coulibaly, joue de la chora dans un groupe de flez musique dont son grand-père est le créateur. Il suit en parallèle des études de commerce sans grand zèle.

Son père vient lui faire la morale car il attend de lui qu’il prenne sa suite dans les affaires. Il lui rappelle qu’il sera chef de famille et sans doute administrateur du consortium comme le veut la tradition quand il devra lui succéder et que cela implique des responsabilités. Le jeune homme écoute respectueusement sans velléité d’en appliquer une once et reprend sa répétition.

Youssouf participe à un gala de charité qui vise à collecter des fonds pour l’aide à la vieille Europe. Il y joue avec son groupe, il est heureux. Son père les quitte avant la fin du concert pour se rendre sur ses plantations d’oliviers dans le sud de la France. Son avion est victime d’un attentat terroriste. Il s’écrase sur la Sainte Victoire. Le kamikaze catholique a revendiqué son acte par radio quelques minutes avant de dérouter l’appareil.

La famille est anéantie, l’oncle de Youssouf lui tient un grand discours sur la nécessité de maintenir la paix dans le sud de la France où la famille a de nombreux capitaux investis. Il demande à Youssouf d’aller en personne se rendre compte de la situation sur place et s’assurer que les fonds récoltés par le gala aille bien au responsable du réseau local des ONG, il lui donnera plus d’instructions sur place.

En France, le chef du réseau est un potentat qui vit dans une villa avec vue sur la mer. Il explique à Youssouf qu’il va utiliser l’argent pour aider l’école de la plantation qui éduque les petits français dont les parents travaillent sur la plantation. Ici, les enfants ne travaillent qu’à partir de 12 ans et la fondation de son père offre même des bourses pour que certains aillent poursuivre leurs études à Bouaké.

Le soir Youssouf est agité par des cauchemars, il se lève et assiste à une transaction entre le chef du réseau des ONG et une faction de rebelles. Le potentat leur fournit des caisses de fusils et de munitions. Youssouf attend le départ des hommes d’armes et demande des explications. L’homme se dédouane en rappelant à Youssouf que son père a été tué par les ennemis de cette faction.

Youssouf ne sait quoi penser. Il quitte la villa dorée et s’enfonce dans les plantations. Il y a des oliviers et des vignes à perte de vue. Ensuite du colza sur de vastes territoires et puis il arrive en surplomb d’une vaste décharge à ciel ouvert. Elle est sise en bord de mer. Des cargos sont entrain de décharger des tonnes d’ordures en provenance d’Afrique. Des hommes, des femmes et des enfants arpentent les tas d’immondices avec de grand paniers en canne de Provence et y amassent des objets et des matières premières.

Il fait le tour de la décharge et découvre une usine de tri de déchets entourée d’un immense bidonville. C’est le milieu de la matinée, il déambule dans un marché. Les gens se retournent sur son passage, il est bientôt suivi par une traînée de gamins qui le montrent du doigt, rigolent. Un adulte l’insulte sur son passage. Un autre lui propose de le guider vers un hôtel. Il accepte. Le guide le fait monter dans une petite camionnette branlante et l’amène jusqu’au Sud de Marseille où il y a des villages de vacances, il le débarque au pied du Hilton. Youssouf lui donne un billet et se balade dans un marché pour touristes qui est installé un peu plus loin. On y voit de nombreuses reproductions de peintures impressionnistes et cubistes qui se monnayent pour quelques dollars.

Youssouf admire puis se reconnecte avec sa réalité. Il prend un taxi qui le ramène à la villa. Son hôte l’accueille tout sourire et lui demande de signer des papiers. Youssouf demande à les lire avant, l’autre se moque de lui et lui demande pourquoi, prétextant que son oncle s’occupe de tout, de les rédiger même, il peut avoir confiance ! Youssouf s’empare des papiers et s’enfuit à nouveau. Les gardes du corps de son hôte allaient tenter de le rattraper mais il les en empêche. Le potentat téléphone à l’oncle, excédé par ce gamin incontrôlable.

Dans la famille de Youssouf, sa mère et les femmes de son père regardent les infos avec les sœurs et les petits frères de celui-ci. Un présentateur leur apprend que Youssouf a été enlevé par les intégristes catholiques. Les autorités kémites tentent de négocier avec le Pape mais celui-ci se contente de nier son implication. Les intégristes demandent que le consortium rende leurs terres aux européens et qu’ils abandonnent leur projet pour la Sainte Baume.

Youssouf est dans une petite pièce. Il est attaché, les yeux bandés. Ils l’ont mis sous perfusion pour ne pas avoir à s’occuper de lui. Une jeune fille entre et l’insulte, lui dit sa haine des kemites, des américains et plus récemment des chinois qui viennent les piller. Youssouf aimerait répondre mais il est bâillonné. Un peu plus tard elle revient et lui lit les papiers qu’il devait signer. Ils entérinent l’achat de la Sainte Baume à un prix dérisoire pour en faire une exploitation forestière " raisonnée ". Elle lui explique sa version : Couper les arbres centenaires et replanter des petits arbres à la place. C’est la dernière forêt primaire de la région. Youssouf aimerait lui expliquer qu’il n’aurait jamais signé ces papiers mais il n’en a pas l’occasion…

Les intégristes sont de plus en plus sous tentions car aucune de leur revendication n’est écoutée. Youssouf sent qu’il va bientôt être exécuté. Quand il lui annonce sa mort, les intégristes lui proposent une dernière volonté. Il demande à enregistrer un morceau à la chora pour sa famille. Il fait alors un plaidoyer pour que sa famille arrête d’importer des armes en Europe et cesse d’infantiliser les populations en faisant semblant de les aider. Il accuse son oncle d’attiser des conflits qui ont coûté la vie à son père. Il explique qu’il a voulu comprendre avant de perpétuer les mêmes erreurs mais qu’il est trop tard pour lui. Il enjoint sa mère à s’opposer à son oncle. La jeune fille qui s’est occupé de lui est touchée, elle reconnaît alors le jeune djembefolla qu’elle avait écouté sur internet. Elle fait diversion et lui permet de s’enfuir, lui donnant rendez-vous dans une grotte qu’elle connaît à quelques kilomètres au nord de leur position.

Là, elle s’excuse et lui explique que l’attentat contre son père avait été organisé par des gens extérieur à leur association, beaucoup d’argent leur avait été versé pour faire sauter l’avion. Il n’y a pas eu de kamikaze. Son frère a fait dévié l’avion sur la Sainte Victoire mais il a sauté en parachute et se cache dans le maquis. Il a rompu les ponts avec les intégristes sans donner d’explication et est devenu ermite. Personne n’arrive à le raisonner.

Youssouf demande à le voir. La jeune fille lui fait confiance, même si elle sent la colère en lui. Elle le guide. Le jeune kamikaze est entrain de préparer des racines pour son repas du soir. Il les invite à partager sa nourriture. Il explique qu’il refuse de se mêler au monde désormais afin d’expier ses péchés mais qu’il offre l’hospitalité à qui vient en paix. Youssouf dit qui il est, le kamikaze va alors chercher une lettre qu’il lui remet de la part de son père. Il ne pensait jamais avoir à la donner à qui que ce soit, il voit çà comme un signe. La lettre demande à Youssouf d’aider les populations locales à retrouver leur indépendance en leur reversant le profit de leur travail et de les aider à rendre leurs élites indépendantes en déracinant celles qu’ils ont mis en place lui et le consortium. Suit une liste de ces hommes.

Youssouf revient donc en Afrique et se présente au conseil d’administration à la tête duquel son oncle était assis il le dénonce mais on le sort de la salle. Son oncle lui jette avec condescendance qu’il n’a qu’à gérer sa part d’héritage, sortir du consortium qui ne l’a pas reconduit pour l’administrer.

Quelques mois plus tard, Youssouf sort de scène, des banderoles de boycott de l’huile d’olive qui ne provient pas du commerce équitable sont accrochées. Il téléphone à la jeune rebelle qui l’a sauvée et lui demande si tout va bien sur la plantation elle lui répond que son enfant va naître dans quelques jours et qu’elle espère qu’il va bientôt revenir pour le voir. Il lui répond qu’il l’aime et qu’il prend le premier vol.

Publié dans BD, uchronie

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